Médiathèque Simone de Beauvoir : un autre projet était possible !

La ville vient de présenter son projet de reconstruction de la médiathèque dans le bâtiment de Fanal, soit 19,3 millions financés par l’agglomération (Valence Romans Agglo – VRA).

C’est au minimum deux ans de travaux ; à savoir : deux ans de désagréments pour les riverains, deux ans de service dégradé pour les abonnés, deux ans de conditions de travail difficiles pour les salariés, et un tribunal de commerce qui doit quitter le centre historique…

N’y avait-il pas plus simple pour un bâtiment occupé aux deux tiers, où plus de 2.000 mètres carrés sont vacants au rez-de-chaussée ?

Vous faites peut-être partie des très nombreux Romanais qui nous ont interpellés pour nous demander pourquoi la ville n’utilisait pas ce large espace au rez-de-chaussée pour multiplier par deux la surface de la médiathèque ? Cette solution permettait de conserver le tribunal de commerce au deuxième étage et d’aménager la médiathèque sur deux niveaux en doublant sa surface pour la porter de 2.100 à 4.200 mètres carrés, répartis entre le rez-de-chaussée vide à ce jour et le premier étage qu’elle occupe actuellement .

Mais à Romans, on aime faire cher, coûteux, clinquant. La simplicité et l’économie des projets ne sont pas des qualités que notre maire et son équipe municipale connaissent. Alors voici six bonnes raisons qui auraient dû conduire à un autre projet plus économe, plus adapté aux besoins du voisinage et des abonnés, et plus résilient.

Réunion d’information de ce samedi 2 mars 2024
Un projet très couteux 

Le 23 janvier 2022, dans un entretien au Dauphine Libéré, la maire de Romans annonce un projet sur la médiathèque de 9 millions d’euros. On y prévoit une surface plus grande que les 2.000 mètres carrés actuels ; on parle d’une ouverture après travaux en 2025. Les mois passent, et en mars 2024 la facture bondit à 19,2 millions dont un coût de déconstruction très élevé (on ne démolit pas, on « déconstruit » car on garde les deux niveaux de parking souterrain).

La future médiathèque fonctionnera demain sur 3.600 mètres carrés, soit un coût de reconstruction de 5.400 euros par mètre carré. La réhabilitation du rez-de-chaussée actuellement vide (2.100 mètres carrés) et le réaménagement du local actuel étaient chiffrés entre 8 et 9 millions d’euros… Ce qui aurait pu bâtir un projet deux fois moins cher pour apporter 4.000 mètres carrés à la médiathèque.

Réponse de la mairie : c’est l’agglo qui paie, et non la ville ! C’est vrai, mais ce sont les impôts de tous les habitants de Valence Romans Agglo, dont ceux des Romanais. Ce sont NOS impôts qui financent ces travaux, et on ne peut s’empêcher de se questionner si on n’a pas aussi mieux à financer en matière de voirie, d’amélioration de nos écoles, de nos équipements sportifs et de l’aménagement de nos 2 musées dont on rappelle que celui de la Résistance et de la Déportation est toujours fermé !

Le Fanal en 1983 © Small – Archives municipales de Romans
Un projet qui expulse le tribunal de commerce du centre historique 

L’attractivité, ce mot fétiche de notre maire, en prend un sacré coup. Eh oui ! Pour avoir un centre historique qui attire, il faut qu’il y ait des commerces et des services. La ville finance d’ailleurs beaucoup l’installation de commerces dans le centre historique, et elle en retire deux services publics : la maison des syndicats et le tribunal de commerce, qui sont « remontés » sur le plateau, rue Jacquemart et rue Bozambo.

C’est près de 1 million d’euros que la municipalité doit investir dans les nouveaux locaux du tribunal de commerce qui sera locataire de la ville. On sait par ailleurs qu’un projet de cité judiciaire à Valence pourrait dans quelques années nous retirer ce service public pour le recentraliser chez nos voisins.

Dans ce transfert, on joue contre l’attractivité du centre historique et contre les finances de la ville, car on doit dépenser 1 million d’euros pour un transfert qu’il aurait été salutaire d’éviter.

Les anciennes halles – © L’Empreinte – Médiathèques de Valence-Romans Agglo
Un projet qui va perturber pendant 2 ans le voisinage de Fanal

La déconstruction sera un moment très compliqué pour les riverains (bruit, poussière, circulation, stationnement, etc.), sans parler des désordres éventuels sur les fondations et murs des bâtiments proches. Pour les usagers du centre historique, les choses seront aussi complexes : difficultés de circulation, suppression du stationnement dans le parking souterrain réservé aux véhicules des entreprises, rues inévitablement fermées…

Terminé pendant deux ans au moins, l’espace dédié à la presse et aux magazines !
Un service rendu aux usagers de la médiathèque dégradé pendant deux années 

La ville est incapable de nous donner la date d’ouverture de la médiathèque temporaire dans l’ancienne école de la République (300 mètres carrés, à rapporter aux 2.000 actuels !).

Les usagers sont renvoyés vers le click & collect de mars à juin, ensuite il faudra se déplacer jusqu’à l’été ou l’automne 2024 vers les médiathèques de la Monnaie, de Mours-Saint-Eusèbe ou encore de Châteauneuf-sur-Isère.

Une solution beaucoup plus simple et économe des deniers publics consistait à réaménager le rez-de-chaussée vide, à y déménager la médiathèque (même surface que celle actuelle située au premier étage), puis de réaménager le premier étage et d’ouvrir une médiathèque neuve… sans quitter le bâtiment, et sans interrompre le service rendu au public !

Cela devait être trop simple, trop facile à mettre en place, pas assez cher… C’est tellement mieux quand on peut faire compliqué et plus coûteux.

Le projet « théorique » tel qu’on nous le présente aujourd’hui.
Toujours une architecture de blockhaus 

Si, en 1974, quand le bâtiment fut construit, les Romanais l’avaient surnommé « le blockhaus », en 2024, soit 50 ans plus tard, le nouveau bâtiment ressemblera beaucoup au premier… Mais pour 19 millions d’euros, nous aurons tout de même droit à deux blockhaus vus des quais de l’Isère, et non plus à un seul. Des blockhaus sans terrasses, qui plus est !

Absence de toit en tuiles, volumes très carrés et orthogonaux, crépi blanc… Tout est fait pour consacrer une rupture architecturale et urbaine.

Alors que tout le monde pense avec raison que la démolition des anciennes halles fut une erreur historique, nous avons tous envie que cette cicatrice dans le tissu urbain de ce beau centre historique soit gommée. Au contraire, ici, on la souligne et on la met en avant !

Encore des arbres sacrifiés par les travaux du Fanal ?
Pour un projet résilient, pas de l’ancien monde !

Ce projet choisi par la municipalité romanaise est celui d’un autre âge. La crise climatique que traverse notre planète nous oblige à repenser notre mode de développement urbain, à ne pas étendre nos villes actuelles, à trouver une « densité heureuse », à réutiliser astucieusement les friches urbaines existantes dans nos zones d’activité, dans nos centres urbains et historiques, pour baisser notre bilan carbone et nos émissions de gaz à effet de serre (beaucoup plus conséquentes dans une déconstruction/reconstruction que dans une réhabilitation, cela dit en passant).

Mais à Romans, on fait le contraire ! On nous dit que ce n’est pas grave car c’est l’agglo qui paie… mais il s’agit d’argent public, de NOS impôts, et de NOTRE environnement ! Ajoutons enfin, sur le terrain de l’écologie, que ce projet se fera encore sur le dos de nos chers arbres : plusieurs d’entre eux sont d’ores et déjà condamnés autour de Fanal !

Pour conclure, un grand merci à tout le personnel de la médiathèque qui va être malmené pendant près de deux ans et qui nous a offert, ce samedi 2 mars pour l’enterrement de l’ancienne médiathèque, un moment fort de convivialité et une belle page d’histoire de notre centre historique avec une exposition sur la sauvegarde du patrimoine romanais et péageois.

Alors, oui, on aurait pu (dû) faire un autre projet, mais la maire en a décidé autrement.

 

Pour Passionnément Romans :
Thomas Huriez, Joseph Guinard, Alain Villard

 

P.S. Pour une approche historique, nous vous recommandons vivement l’excellent article de Bernard Cogne, Des halles à Fanal, un siècle d’histoire urbaine à Romans-sur-Isère, dont nous avons utilisé deux photographies. Il a été publié sur le site de la non moins excellente revue Qui+Est.

 

2 réponses

  1. C’est une ineptie, c’est tout, c’est fier avec notre argent et rien pour la population, idem à la monnaie, quartier riche de sa population qui est abandonné et plus mis à l’écart, dévalué. Ce qui interroge est que les électeurs ne réagissent pas, ou peu.

  2. Je suis désastrée… Maman aussi… Déjà la destruction de l’ancienne halle nous avait flanquées par terre car mon grand-père avait participé à l’élaboration de ses plans mais là…. c’en est trop, et encore la destruction d’arbres !!!! Comment peut-on arrêter ce bulldozer municipal ? Elle ne respecte aucune forme de vie, elle est mortifère ! C’est un bloc de béton à l’image de ce qu’elle veut construire, comment la fissurer????

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *