Marie-Hélène Thoraval sur Cnews : Chronique d’un naufrage annoncé

En acceptant de se rendre à Paris pour tenir des propos indignes de sa fonction sur le plateau de CNews/Europe 1 ce mercredi 29 janvier, la maire de Romans-sur-Isère a une nouvelle fois porté atteinte à l’image et à la réputation de la ville. Elle savait que ses propos allaient susciter la polémique, ici dans notre commune comme au niveau national. Et elle n’a pas hésité à asséner approximations, préjugés et contre-vérités. Affligeant quand il s’agit de nourrir un débat éclairé. 

> Notre communiqué de presse : « Une maire ne devrait pas dire ça » <

 

 

On a bien écouté cette interview, et comme de nombreux Romanais, nous avons été troublés par le discours de Madame le maire qui, une nouvelle fois, n’a pas hésité à tenir des propos plus que discutables. Revue de détail en 10 points.

1. La submersion 

Dès la première question à notre maire qualifiée de « divers droite » (quand bien même elle fait le lit de l’extrême droite depuis des mois, ce n’est un plus secret pour personne), le ton était donné : « Le sentiment de submersion migratoire [décrit par François Bayrou, NDR], tout comme le sentiment d’insécurité dont avait parlé Elisabeth Borne dans le drame de Crépol (…), est-ce que ce sont pour vous des sentiments ou est-ce que ce sont des réalités ? »

On demande donc finalement à notre maire de valider le fait que des « sentiments » puissent devenir des « réalités ». Marie-Hélène Thoraval n’hésite pas à mettre les pieds dans le plat tendu par CNews : « Cette notion de submersion est vécue au quotidien par de nombreux Français ». Maire de Romans-sur-Isère, elle cite Paris et Marseille comme exemples pour « constater cette notion de submersion ».

Arrêtons-nous un instant sur les chiffres qui, comme les faits, sont parfois têtus.

Certes, notre pays compte plus d’étrangers aujourd’hui qu’il y a 50 ans – ainsi va la marche du monde, mais le solde migratoire de la France est un peu près stable depuis une quinzaine d’années. Selon l’INSEE (voir ici), il y avait 7,3 millions d’immigrés pour 68,1 millions d’habitants en France en 2023 (10,7% de la population totale). Or, 2,5 millions d’entre eux ont acquis la nationalité française, donc les étrangers dans notre pays sont 5,6 millions. C’est 8,2% de la population, contre 6,5% il y a 50 ans. De submersion migratoire, il n’y en a jamais eu en France.

2. Les sondages 

Sonia Mabrouk renchérit sur cette supposée « submersion migratoire » :

« Que répondez-vous à ceux qui disent que ce sont aujourd’hui les mots de l’extrême droite qui sont banalisés ?
– Absolument pas, il suffit de regarder le sondage… »

Mais de quel sondage veut parler Marie-Hélène Thoraval ? Quel est « le » sondage qu’elle évoque ?

« 65% des Français constatent la réalité de ce qui a été évoqué par le Premier ministre (…). Donc nous sommes bien dans une situation où on a une submersion, une vague. (…) Ce n’est pas un sentiment, ce n’est pas une illusion, c’est bien une réalité de terrain. »

Alors, pardon, mais non, madame le maire. On l’a déjà expliqué : il n’y a pas de raz-de-marée migratoire en France ! Mais revenons sur « le » sondage. Il a été réalisé par l’institut CSA, à la demande de CNews, Europe 1 et le JDD. Rappelons que ces quatre entités, le sondeur et les trois médias, sont la propriété d’une seule et même personne : Vincent Bolloré.

Allons voir sur la chaine en face, BFM, pour comparer. On y découvre un autre sondage, réalisé par l’institut Elabe : 74% des Français partagent ce « sentiment » de submersion migratoire. Quelle était la question posée aux sondés ? La voici : « Sans tenir compte de votre opinion personnelle sur le sujet, trouvez-vous qu’il y a aujourd’hui dans la population française un sentiment de submersion migratoire ? ». Vous avez bien lu : on interroge les sondés sur le ressenti d’un sentiment qui n’est pas le leur, tout en leur demandant de faire abstraction de leurs opinions personnelles ! Bref, rien de fiable, rien de scientifique.


Madame le marie, comment pouvez-vous marteler de telles affirmations sur la base de sondages dont on sait tous qu’on peut leur faire dire tout et n’importe quoi ? Comment ne pouvez-vous pas faire montre d’un peu de lucidité et de modération sur un sujet si sensible, y compris à Romans-sur-Isère ? Si on voulait faire le lit de l’extrême droite dans notre ville, on ne s’y prendrait pas autrement.

3. Le referendum

Poursuivons l’interview. On aborde l’hypothèse d’un referendum sur l’immigration et l’éventuel fossé entre les Français et la classe politique sur ce sujet.

Marie-Hélène Thoraval : « On a un fossé béant entre la classe politique et le Français du quotidien. Il suffit de regarder les réactions… Je lis : ‘Le PS s’offusque, ce sont des mots qui correspondent au champ lexical du Front national’. Non ! Ce sont les mots des Français », avant d’appeler aux voix du peuple devant la présupposée faiblesse des députés.

Arrêtons-nous encore un instant. Madame Thoraval, vous n’êtes pas sans savoir que ce vocable de « submersion migratoire » n’est pas un « mot des Français », et qu’il est effectivement attribué au Rassemblement National, plus précisément à Jean-Marie Le Pen. Sans vouloir vous faire de leçon d’histoire, le défunt fondateur du FN s’était lui-même inspiré de l’idéologue identitaire Dominique Venner, l’un des intellectuels les plus influents de l’extrême droite française dans les années 60. La théorie du « grand remplacement », popularisée par le militant d’extrême droite Renaud Camus et reprise récemment pas Eric Zemmour, appartient au même courant idéologique. Que nous ne voulons pas voir à Romans-sur-Isère.

Aussi, vous avez le culot de vous prononcer en faveur d’un referendum à l’échelle nationale sur l’immigration quand bien même vous n’êtes pas une partisane de la démocratie participative et de la consultation des citoyens à l’échelle locale. Rappelez-nous quand, pour la dernière fois, vous avez consulté les habitants de notre ville sur des aspects de la vie communale qui les concernent, ou sur des investissements sur lesquels ils auraient pu avoir leur mot à dire ? La cogestion de Romans-sur-Isère avec ses habitants n’a jamais existé sous votre mandat. Vous avez beau jeu de déplorer qu’on n’a pas « redonné la parole sur un véritable sujet de société » ; à la mairie comme au Conseil municipal, vous n’écoutez que vous.

4. Les couteaux

Reprenons le fil de l’interview. Question de Sonia Mabrouk, qui cite les drames qui ont coûté la vie à Elias à Paris et à Thomas à Crépol : « Est-ce que, de votre point de vue, il y a des similarités entre les deux affaires ? ».

La perche est lancée, Marie-Hélène Thoraval va en profiter pour déverser des propos totalement inappropriés, et inexcusables pour une élue de la nation :

« Des similarités, bien évidemment, parce que le mode opératoire est commun aux deux. (…) Cette notion d’arme blanche, elle vient aussi traduire une culture de certaines personnes pour lesquelles l’arme blanche, le couteau est banal.
 Cette multiplication des attaques au couteau (…) pour vous, cela relève d’un aspect ou d’un caractère culturel ?
 Pour moi, cela relève d’un caractère culturel comme vous le dites, et les chiffres sont là aussi, je crois qu’on dénombre un peu près 120 attaques au couteau par jour, donc ça n’est pas rien, c’est une réalité et généralement on retrouve les mêmes typologies d’auteurs derrière ces faits. ».

Hop, hop, hop ! Avant de revenir sur « les mêmes typologies d’auteurs » (charmant langage, au passage), on s’arrête encore un instant : d’où sort ce chiffre, madame Thoraval ?

On en a trouvé trace dans plusieurs discours de… Jordan Bardella. C’était en mai et juin 2024. Vous a-t-il prêté ses fiches ? En mai, c’était lors d’un débat contre Valérie Boyer, vice-présidente de LR et sénatrice des Bouches-du-Rhône, qui… a repris ce chiffre dans une question posée au Sénat au ministre de l’Intérieur le 7 novembre 2024.

Là encore, ce chiffre ne s’appuie sur aucune référence sérieuse.

Prenons ce qui est quantifiable, avec les statistiques du ministère de l’Intérieur, pour essayer de mesurer le tsunami de violences qui agite votre imaginaire et que vous cherchez à décrire. Prenons donc ce qu’il y a de plus grave : les homicides et les vols avec arme (blanche).

Pour les premiers, il y a eu 996 victimes en 2023, soit un niveau à peu près similaire à 2015. Et donc 2,7 agressions mortelles par jour. Ce qui est évidemment trop. Et vous allez être étonnée dans vos préjugés : 92% des auteurs d’homicides en France en 2023 sont… Français.

Prenons maintenant les vols avec armes. Il y en a eu 8.700 en 2023, contre 10.900 en 2016. Cela fait 24 par jour. Evidemment trop. La proportion des agressions avec arme blanche est stable, 66% environ. Et là encore, il n’y a que 8% des mis en cause qui sont étrangers.

Mais on devance déjà votre prochaine réponse à CNews…

5. L’islam

Vous disiez donc : « Généralement, on retrouve les mêmes typologies d’auteurs derrière ces faits…
– C’est-à-dire ?
Bien souvent, des personnes qui ont une relation… qui ne sont pas euh… entre guillemets français de souche, mais qui vont avoir des origines qui sont plus liées avec euh… une certaine forme de… enfin, tout simplement un lien avec l’islam ».

Patatras ! Et on n’est qu’à la cinquième minute d’une interview qui va durer un quart d’heure… Alors, chère Marie-Hélène Thoraval, la religion n’est pas quelque chose qui se voit sur la couleur de la peau, ni qui s’affiche sur un visage. La religion est d’ailleurs une affaire privée, qui n’a rien à faire dans le débat public. Aussi, une personne de couleur noire peut-être bouddhiste quand un personne de couleur blanche peut être musulmane, et une personne par exemple originaire du Maroc pourra être évangélique.

Vos amalgames nous nuisent. A tous. Ils nuisent à la communauté, ils nuisent à la ville de Romans-sur-Isère. Romans n’est pas raciste, Romans n’est pas fasciste, Romans n’est pas xénophobe. Romans est ouverte, curieuse, accueillante.

Jacquemart en a marre de vos propos qui nous divisent quand nous avons besoin d’union, Romans ne supporte plus que de vous voir faire passer vos intérêts personnels avant nos intérêts communs.

On exagère ? Poursuivons l’interview pour mesurer l’intérêt que vous portez à notre ville…

6. L’inaction

On vous interroge sur ce qui a changé depuis la mort de Thomas en novembre 2023, quand les responsables politiques appelaient à un « réarmement judiciaire, à revoir la justice des mineurs, etc ». Vous répondez : « Malheureusement rien, on se retrouve toujours dans les mêmes situations, et à chaque situation, on se retrouve toujours les mêmes incantations, alors maintenant les paroles c’est bien, les actes ce serait beaucoup mieux, et c’est beaucoup attendu. »

Mais pardon, Madame le maire, que faites-vous, vous, pour améliorer la situation ? Vous avez des leviers d’action en tant que maire de Romans, cela fait 11 ans que vous dirigez la ville, vos amis sont à l’Agglo (dont vous êtes vice-présidente), vos amis sont à la région (où vous siégez également), vos amis sont ou ont été dans les ministères, à Matignon… Qu’avez-vous fait pour pacifier notre ville de Romans ? Que pouvons-nous mettre au crédit de votre action en faveur du mieux vivre-ensemble, de la cohésion sociale, ou tout simplement de la joie de vivre dans notre ville ? Il n’y a pas que les parkings dans la vie et dans la ville…

Vos incantations médiatiques n’apportent rien à notre commune ; nous perdons des habitants, des élèves, des écoles, des associations et des commerces… Vos sorties irrespectueuses ne servent ni Romans, ni les Romanais.

7. Thomas

On en vient à l’enquête sur la mort de Thomas. La journaliste s’enquiert de l’avancée des investigations, ce à quoi Marie-Hélène Thoraval ne peut répondre – et c’est bien normal. L’auteur du coup mortel n’est pas connu à ce stade, « il n’y a pas d’auteur désigné par rapport à ce meurtre » reconnaît la maire de Romans. Mais Sonia Mabrouk insiste :

« Mais qu’en est-il du caractère anti-blanc de l’attaque… Ou alors : est-ce que vous pensez que la justice est mal à l’aise face au racisme anti-blanc ?
– Je pense que la justice est mal à l’aise avec cette notion ; par contre, les victimes et la famille auraient souhaité que cette notion de racisme anti-blanc puisse être appréciée par le tribunal, tout simplement. »

On sous-entend donc, sur une chaine de télévision nationale, que l’agresseur présumé de Thomas, dont on vient de reconnaître qu’on ne sait pas qui il est, n’est pas blanc. Et que la question raciale doit être conviée dans ce triste événement. En plus d’être proprement scandaleux, ces propos sont en tous points indécents.

9. La Monnaie

Sonia Mabrouk embraye sur le quartier de la Monnaie. Elle évoque notre « ville moyenne, de 34.000 habitants, où la majorité de la population aspire à vivre tranquillement, mais dans le quartier de la Monnaie, il y a une centaine de jeunes, et un noyau dur, qui posent vraiment problème, avec des jeunes particulièrement violents, et menaçants. Qu’est-ce qui a été fait ? ».

Bonne question (pour une fois), Madame le maire ! Qu’avez-vous fait pour la Monnaie pendant vos mandats, et plus particulièrement sur ces deux dernières années ? Marie-Hélène Thoraval a un boulevard pour décliner ses actions et sa mobilisation pour ce quartier de Romans. On l’écoute : « Aujourd’hui, la Monnaie est un quartier qui se tient à peu près, mais je veux dire que la tranquillité d’aujourd’hui n’est pas forcément la tranquillité de demain. Après, je veux dire que ce n’est pas ce qui m’occupe tous les jours non plus, parce que j’ai le reste de la population et une ville à faire avancer, sur laquelle il faut investir, donc c’est ce que nous faisons sur un certain nombre de domaines assez conséquents ».

Quel plus beau dédain afficher pour le quartier de la Monnaie, Madame le maire ? Un quartier « qui se tient à peu près » ? Mais qu’avez-vous fait pour ces Romanais ? Quand vous êtes-vous rendue pour la dernière fois à leur rencontre ? Quand les avez-vous écouté ? Quand avez-vous essayé de répondre à leurs besoins ? Avez-vous jamais imaginé ce qu’on aurait pu faire pour eux avec, ne serait-ce que la moitié du budget de la découverte de la Savasse ? Votre comportement vis-à-vis de ce quartier essentiel de Romans est indigne. Indigne.

10. La tour d’ivoire 

Vous continuerez de décrire « ces quartiers sur lesquels il arrive un flux continu d’immigration » et dans lesquels, de ce fait, on ne pourrait gérer les politiques de prévention ou d’éducation ; vous poursuivrez en répondant « narcotrafic » à une question portant notamment sur la « radicalisation religieuse » ; vous conclurez enfin sur le fait qu’il ne faut pas régulariser les immigrés candidats à des métiers en tension sous prétexte que la France compte 3 millions de chômeurs, 1,8 millions d’allocataires du RSA, et qu’ils peuvent être « remis en travail ».

Madame le maire, s’il vous plait, descendez de votre tour d’ivoire. Allez rencontrer les Français dont vous parlez à la télévision, allez rencontrer les Romanais, allez rencontrer les associations, les forces vives de notre territoire. Essayez de vous rendre compte ce que tous les Romanaises et les Romanais vivent au quotidien. Souciez-vous de l’état des routes comme du ramassage des ordures, penchez-vous sur l’avenir du musée de la Résistance, allez voir dans les écoles les conséquences concrètes de votre politique.

Chère Madame Thoraval, nous souhaitons le meilleur pour notre ville. Si vos propos et vos actions allaient dans ce sens, nous serions les premiers à vous soutenir. Ce n’est malheureusement pas le cas ; vous faites du mal à Romans, et de plus en plus.

Chères Romanaises, chers Romanais, une autre histoire est possible pour Romans : à nous de l’écrire, ensemble !

 

 

3 Responses

  1. Certes, dénoncer les comportements et propos extrémistes de Madame le Maire, est de nature à ouvrir les yeux de celles et ceux des romanais qui ne veulent pas voir et du coup, donnent un blanc seing à Madame THORAVAL
    Pour autant n’est-il pas préférable de chercher à ouvrir les yeux de ces même romanais, avec un programme ? Ce dernier ne devrait-il pas commencer à se dessiner publiquement, comme la construction d’un immeuble de rue que chaque passant peut voit s’ériger jour après jour, jusqu’au crépi final. Une évolution partagée, en ligne et en réunions, répondant aux multiples interrogations des habitants et qui, au fil des mois, devient un programme porté par une équipe décidée. Un rétro planning rendu public, ne devrait-il pas conduire et inviter à une telle démarche, d’ici aux municipales ?
    L’envie de bien vivre ensemble demain ne doit-elle pas s’imaginer ensemble aujourd’hui ?
    Amicalement

    1. Bonjour Christian,
      Merci pour votre message. Vous avez tout à fait raison : la critique doit s’accompagner de propositions et de solutions concrètes aux problèmes rencontrés par tous les Romanais. Nous travaillons en ce sens, les fondations de l’édifice que vous appelez de vos vœux sont solides, et vous ne manquerez pas de voir apparaître le premier étage de cette « maison commune » très prochainement.
      Bien amicalement,
      PRA

    2. Merci pour votre soutien, le programme est en cours d’élaboration dés que possible nous vous le présenterons. Très prochainement David Buisson candidat tête de liste de Passionnement Romans .Des rencontres avec les habitants vont avoir lieu Cordialement tel 06 17 26 06 50

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