Enquête d’autosatisfaction de la mairie : un panel trompeur et des interprétations tordues

Sondage de la mairie de romans :

Comme chaque année, la majorité municipale se félicite des bons résultats de l’enquête de satisfaction menée auprès des usagers des services de la ville. La mairie a décidé d’en faire état en ouverture du Conseil municipal de ce 25 mars, sans transmettre spontanément ce document à tous les élus d’opposition – ce qui dénote une nouvelle fois une conception assez particulière de la transparence… Pour tous ceux que cela intéresse, le sondage est donc accessible en cliquant ici.

Nous l’avons décortiqué, et nous n’en avons pas la même lecture que celle de la majorité sortante. Nombre de points sont discutables dans cette étude : les critères de sélection des 800 Romanais sondés, la méthodologie de comptabilisation et d’expression des avis exprimés, le cadrage des thématiques abordées et des questions posées, tout comme l’interprétation des chiffres qui en résultent. Aussi, de nombreuses zones d’ombre viennent altérer la portée, l’impartialité et la sincérité de cette enquête de satisfaction, au terme de laquelle on apprend tout de même qu’une majorité de Romanais ne recommandent pas de venir vivre à Romans ! Revue de détails, chiffres de l’INSEE à l’appui.

1. Un échantillon de Romanais relativement peu représentatif

Ce sondage, comme ceux des années précédentes, a été commandé par la municipalité auprès d’un institut basé à Rennes. Ces études sont assez courantes pour les villes, elles coûtent généralement plusieurs dizaines de milliers d’euros, et permettent de piloter les politiques du quotidien au plus près des attentes des habitants. En ce sens, nous ne pouvons qu’applaudir la démarche dès lors qu’elle est ouverte, représentative et transparente. Mais ce n’est pas le cas.

Cette enquête de satisfaction propose un large questionnaire autour de plusieurs politiques publiques portées par la municipalité : services municipaux aux usagers, Mairie+, police municipale, équipements et aménagements urbains, entretien des voiries et espaces verts, gestion des équipements publics, des écoles, brigade verte, programmation culturelle, etc.

De prime abord, ce sondage est présenté comme représentatif des Romanais, neutre (car opéré par un cabinet externe), et exhaustif (car il couvre un champ large de sujets du quotidien). Mais cette étude a été menée par téléphone, ce qui pose une première limite : en procédant de la sorte, les sondeurs se coupent de certains profils (plus jeunes, et souvent plus radicaux dans leurs positionnements) qu’on ne peut atteindre que sur internet et les réseaux sociaux.

Surtout, le principal écueil réside dans la représentativité de l’échantillon de 800 personnes retenues (soit à peine plus de 2% de la population municipale), réparties comme suit :

Nous avons comparé la construction de ce « panel représentatif » avec les données socio-démographiques de l’INSEE – les derniers chiffres dont nous disposons remontent à 2021, et le constat est assez implacable : l’échantillon des Romanais interrogés ne reflète pas la diversité des habitants de la ville.

 

L’enquête néglige les personnes vivant seules

Parmi les habitants de Romans, il y a 47,5 % de personnes qui vivent seules. Or, ces mêmes personnes ne représentent que 27% du panel retenu par l’institut de sondage. Ainsi, les profils sondés montrent une sur-représentation des couples avec et sans enfants, au détriment de ces personnes vivant seules, quand bien même cette catégorie représente quasiment la moitié des ménages romanais.

Toutes les catégories de population ne sont pas comptabilisées dans ce tableau.
L’enquête privilégie les habitants de longue date

L’ancienneté d’habitation des sondés à Romans n’est, là encore, pas représentative des données démographiques.

En effet, les Romanais installés depuis moins de 5 ans représentent plus de 22 % de la population (à comparer avec 12 % de sondés), quand la part des Romanais depuis plus de 10 ans représente plus de 44 % des habitants, mais se voit représentée à hauteur de 69 % dans l’enquête satisfaction (25% d’écart), quand bien même il est établi que la proportion des nouveaux Romanais ne cesse de croître.


L’enquête cible certains quartiers

La répartition des sondés en fonction des quartiers de la ville obéit à un découpage favorisant les quartiers les plus densément peuplés, créant de fait des inégalités de représentativité (entre le centre et l’Est, l’Ouest et le Nord).

 

En d’autres termes, le cabinet de sondage a choisi de sonder un quart du panel représentatif pour chaque quartier de la ville alors que, si on suit ce même découpage spatial (basé sur les données IRIS infra-communales de l’INSEE), le poids démographique de chaque quartier de la ville est inégal. Cela favorise arithmétiquement les territoires les plus peuplés, au détriment des autres, et déforme de fait la représentativité réelle du sondage.

 

2. Une enquête qui ignore les avis modérés

La méthodologie de comptabilisation et de notation des avis exprimés apparaît surprenante.

Il est à souligner que, selon la méthodologie de calcul ici utilisée, seuls les avis « très satisfaits » et « pas du tout satisfaits » sont comptabilisés à 100 %, alors que les avis plus mitigés, « satisfaits » et « plutôt pas satisfaits » ne sont pris en compte qu’à hauteur de 50 %. Ainsi, le cabinet de sondage étalonne son indice de satisfaction en 3 niveaux d’appréciation : mauvais / assez bon / excellent, en fixant des seuils arbitraires.

Il est ainsi surprenant de constater que, non seulement les avis nuancés sont moins pris en compte que les autres, mais aussi que la présentation du taux de satisfaction n’apparaisse pas plus contrastée. En effet, entre « mauvais » et « assez bon », il y a certainement d’autres marges d’appréciation.

C’est en fait toute la lecture de l’enquête qui se trouve biaisée par cette méthodologie. Quel est la part réelle des Romanais qui ont émis un avis « satisfait sans plus » ou « pas très satisfait » ? Les chiffres qui nous sont présentés ne la reflètent pas fidèlement. Ce manque de transparence et d’objectivité tend à présenter une vision polarisée des avis exprimés (soit on est très satisfaits de la municipalité ; soit on n’en est très insatisfaits). Cette vision de la société ne reflète pas, à notre sens, la réalité des Romanaises et Romanais.

Prudence donc, dans la lecture des chiffres présentés !

 


3. Des chiffres contrastés qui exigent des nuances d’interprétation

Nous avons cependant tenté de dresser une analyse approfondie de cette enquête, sans être influencés par les effets déformants que la méthodologie d’analyse induit dans notre perception des chiffres. Et l’analyse des nombreuses données présentées dans cette enquête tend à apporter des nuances bien plus contrastées que le bilan très positif dressé par la municipalité.

S’il est certain que, sur certaines thématiques, les chiffres présentent un taux de satisfaction encourageant, il serait à notre sens très exagéré d’affirmer, sur la base de ce sondage, que les Romanais sont « de plus en plus satisfaits » des actions conduites par la municipalité.

91 % de Romanais satisfaits… mais de quoi ?

Le Romans Mag de février 2025 présente ainsi cet indice de satisfaction en laissant planer le doute sur les motifs de satisfaction à l’égard de l’action de la majorité en place. Rendons toutefois grâce à ceux pour qui ce taux est si élevé : les services municipaux, les agents du quotidien qui accompagnent votre quartier, vos enfants, vos démarches administratives, techniques. Nous tenons à les remercier pour leur engagement de tous les jours pour notre ville.


Les Romanais pas vraiment satisfaits de vivre à Romans

L’indice de satisfaction (44) est en hausse par rapport à 2023 (34) mais reste inférieur à 2020 (49) et 2022 (47). Depuis 2017 (40), l’indice de satisfaction reste globalement stable (page 12 du sondage).

Au vu des chiffres présentés, les Romanais semblent aujourd’hui moins satisfaits de vivre à Romans qu’en 2020, au début du second mandat de la majorité municipale actuelle.

On remarque que le taux de satisfaction de vivre à Romans exprimé par les nouveaux Romanais (installés depuis moins de 5 ans) est assez faible (les insatisfaits sont plus nombreux que les très satisfaits). Ce constat interpelle, d’autant que les néo-Romanais sont sous-représentés dans le panel choisi pour cette enquête.

En tout état de cause, il est indéniable que les effets de certaines politiques ne peuvent se mesurer que sur des temps plus longs que l’année écoulée. Cela laisse à relativiser les impacts positifs des politiques engagées depuis 2014 par l’actuelle majorité municipale.

Cette approche n’est hélas pas développée dans cette enquête, limitée à comparer les chiffres de l’année N avec l’année N-1. Le choix de cet angle de regard nous apparaît partial et insuffisant pour offrir une analyse pleinement objective.


Les Romanais ne recommandent pas de vivre à Romans

Sur le second mandat de la majorité municipale sortante (2020-2026), l’indice de satisfaction (-40 en 2024) tend à s’aggraver depuis 2020 (-31).

A y regarder en détail (page 15), par catégorie socio-professionnelle (CSP), par tranche d’âge, par quartier et ancienneté sur la commune, les indices de satisfaction apparaissent très inquiétants, pour ne pas dire édifiants !

 

 

En effet, le score le moins négatif est de -36, et le plus critique est de -61. Ces données démontrent que l’ensemble des Romanais sondés, de tous âges, toutes catégories socio-professionnelles, quartiers de résidence, hommes, femmes, nouveaux ou anciens Romanais, ne recommandent pas du tout de vivre à Romans !

Ce chapitre de l’enquête de satisfaction révèle un épineux paradoxe : comment les Romanais pourraient-ils être de plus en plus satisfaits de vivre à Romans s’ils ne recommanderaient pas d’y vivre ?

Ce paradoxe est d’autant plus troublant que seulement un tiers des habitants très satisfaits sont des ambassadeurs de leur ville (page 16). Autrement dit, deux tiers des habitants très satisfaits de vivre à Romans ne feraient pour autant pas la promotion de la ville…

Les Romanais plus préoccupés par le vivre-ensemble que par la police

Le graphique présenté en page 69 de l’étude est intéressant à analyser car il brosse le panorama des attentes prioritaires des romanais.

On y constate que si les attentes sont fortes vis-à-vis de l’entretien des espaces publics ainsi que des équipements scolaires, sportifs, culturels, les attentes sont moindres concernant la police municipale.

 

Tout autant, ce graphique illustre également que les équipements et aménagements urbains ne figurent pas parmi les points forts ou priorités des Romanais.

En résumé, la satisfaction des Romanais passerait davantage par les activités, le vivre ensemble, que les services de sécurité et les politiques d’aménagement urbain.

Une ligne de fracture qui ne se résorbe pas

Le panorama présenté en page 73 illustre bien le fait que les préoccupations des CSP+ et des Romanais récents sont assez proches, tout comme celles des habitants de la Monnaie et les CSP -. Ces chiffres confirment la ligne de fracture entre le centre-ville et le quartier de la Monnaie, dépourvu de services, d’espaces verts et d’équipements publics.

 

 

4. De nombreuses zones d’ombres et des angles morts

Sondage de la mairie de romans :

Cette enquête de satisfaction se concentre sur un nombre restreint de thématiques.

Ainsi, par opposition aux chiffres qu’il présente, ce sondage est éloquent par le nombre de sujets et de questions qu’il n’aborde pas. Comme si l’arbre de la satisfaction apparente pouvait cacher une forêt d’insatisfaits sur de nombreuses autres thématiques, ce qui dépeindrait un tout autre paysage que celui présenté par la municipalité. Le papier n’est pas aussi glacé, brillant et sans contrastes qu’on veut bien nous le faire croire…

Nous ne pouvons que regretter que cette enquête, pourtant si importante pour mesurer les attentes réelles des usagers des services publics, n’aborde pas, entre autres :

Sur les aménagements et équipements publics : la place du Chapître, le cours Pierre Didier et surtout la place Jean Jaurès. Aborder la gestion des travaux, des circulations, des accès aux commerces aurait été intéressant pour un tel chantier d’ampleur aux nombreux impacts dans le quotidien des Romanais. Ne sont pas non plus évoqués le boulodrome Emile Gras récemment livré au club de pétanque, la rénovation des écoles, des gymnases, le programme du futur gymnase Triboulet prévu en 2028.

Sur la politique de stationnement : la satisfaction et les avis des usagers concernant les zonages, les tarifications, les abonnements et les offres de stationnement auraient dû être mesurés pour ajuster les politiques en la matière.

Sur les animations et évènements : il aurait été intéressant de sonder les Romanais sur leur appétence pour ce que propose la municipalité.

Sur les politiques sociales, éducatives, le sport, le soutien aux associations, aux actions de médiation sociale et culturelle, sur les politiques environnementales, énergétiques : nous ne saurons pas non plus, grâce à cette étude, quel est l’avis des Romanais sur les actions conduites par la municipalité sur tous ces sujets.

Ces thématiques sont pourtant bien ancrées dans le quotidien des Romanais, font écho à des compétences et des projets engagés par la municipalité… Faut-il voir dans ces occultations une volonté de circonscrire le débat public aux sujets et projets qui seraient les plus à même de flatter la municipalité actuelle ? Mystère… Ou pas.

En tout état de cause, cette enquête aurait pu être utile si elle s’était adressée à TOUS les Romanais, dans TOUTES leurs diversités. Elle ne peut être comprise que si elle est établie sur la base d’une méthodologie claire, et présentée en transparence. Elle ne peut être complète que si elle couvre l’entier champ des compétences communales et des sujets du quotidien (qui sont parfois de compétence intercommunale, comme la collecte des déchets par exemple). Ces sondages ne devraient pas être conçus pour flatter nos élus et leur présenter une vision incomplète des attentes des Romanais. Ils devraient être pensés pour fournir des outils pertinents aux décideurs afin qu’ils puissent ajuster leurs politiques en fonction des souhaits des habitants.

 

 

2 Responses

  1. Bien d’accord avec votre analyse, je souhaite adhérer à Passionnément Romans, mais mes tentatives de contact, outre celle-ci, n’ont pas fonctionné. Pouvez-vous m’indiquer la date et le lieu d’un prochain événement ou d’une réunion afin que je prenne contact avec vous pour adhérer.
    Cordialement, Louis Thévenon. lcathevenon@yahoo.fr

    1. Merci pour votre soutien, le programme est en cours d’élaboration dés que possible nous vous le présenterons. Très prochainement David Buisson candidat tête de liste de Passionnement Romans .Des rencontres avec les habitants vont avoir lieu Cordialement tel 06 17 26 06 50

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